Là où poussent les herbes électriques

Là où poussent les herbes électriques est un ensemble de pièces présentées dans le cadre d’une exposition solo au Cabinet de Curiosités de la Galerie Valérie Eymeric, entre le 29 janvier et le 28 mars 2026.

Espèce d’asphalte 2025

Frottage au crayon et feuilles d’arbres sur toile de coton. 116 x 360 cm

Prise de terre 2025

Broderie, techniques mixtes, mousses, fils électriques et terre, assemblage morceaux de toiles de coton. 15 x 24 x 5 cm.

© Chantal Tolédano

D’écrous et de rondelles 2025

Frottage, broderie, végétaux, rondelles rouillées sur toile de coton. 37 x 52 cm

A droite : Nid de câbles. A gauche : Le plein de vide

Issues de l’ensemble de neufs pièces Graminées inoxydables.

Toiles tendues sur chutes de bois. Broderie, techniques mixtes, assemblage branches, végétaux, fils électriques, clous rouillés et objets variés sur toile de coton.

Dimensions et profondeur variables (le plus petit mesure 5,5 x 7, le plus grand 9 x 12,5 cm

Les herbes électriques 2025

Broderie et techniques et matériaux mixtes sur toile de coton tendue sur chassis. 16 x 22,5 cm.

© Chantal Tolédano

Ferraille de pierres 2025

La clef des champs 2025

© Chantal Tolédano

A droite : Mousse connectée. A gauche : De part et d’autre

© Chantal Tolédano

A gauche : Sortie de câble. A droite : Broderie à pattes.

Bryophyte d’acier 2025

Totem 2025

Techniques mixtes textiles et végétaux, sur élément métal rouillé. 6 x 53,5 cm

© Chantal Tolédano

© Chantal Tolédano

Cuisson radicelle 2025

Techniques mixtes textiles et végétaux, sur élément plaque de cuisson. 25 x 46 cm.

Entre pierre et verre 2025

Broderie et techniques mixtes, cailloux et morceaux de verre sur toile de coton. 24 x 36 cm.

Êtres souterraines 2024-2025

Ensemble Imaginari – Chasmophytes

Dessin au crayon, broderie, techniques mixtes et branches sur toile de coton. 61 x 115 cm

© Chantal Tolédano

L’envers du béton 2024

Ensemble Imaginari – Chasmophytes

Dessin au crayon, broderie, techniques mixtes et mousse sur toile de coton. 45 x 65 cm

Jardin tautologique 2024

Ensemble Imaginari – Chasmophytes

Dessin au crayon, broderie, techniques mixtes et mousse sur toile de coton. 34,5 x 45 cm.

© Chantal Tolédano

Le poids de la trame Ensemble Imaginari – Chasmophytes 2024-2025

Dessin au crayon, broderie, techniques mixtes et mousses sur toile de coton.

34 x 45 cm (format de tissu), 34 x 90 avec excroissance de fil et caillou

© Chantal Tolédano

Lichen-monde 2024

Ensemble Observare – Chasmophytes

Dessin au crayon et brou de noix sur toile de coton. 34,5 x 45 cm

Proliférations 2024

Ensemble Imaginari – Chasmophytes

Dessin au crayon, broderie, techniques mixtes et herbe sur toile de coton. 34,5 x 45 cm

Par-delà le revêtement 2024

Ensemble Imaginari – Chasmophytes

Dessin au crayon, broderie, techniques mixtes et mousses sur toile de coton. 34,5 x 45 cm (format de tissu), ou 34,5 x 100 cm (avec excroissance de fil).

Branchements 2024-2025

Broderie, techniques mixtes textiles, branches et végétaux sur toile de coton. 72 x 90 x 20

Alerte au lierre ! 2024-2025

Ensemble Observare – Chasmophytes

Dessin au crayon sur toile de coton. 46 x 65 cm.

Habiter les murets 2024-2025

Ensemble Observare – Chasmophytes

Dessin au crayon sur toile de coton. 34,5 x 45 cm

© Chantal Tolédano

Mottes de fer 2025

Broderie et techniques mixtes, éléments rouillés, clous sur toile de coton. 31 x 32 cm.

© Chantal Tolédano

© Chantal Tolédano

Agrégats 2026

Clous rouillés,végétaux, agrégats mobilier rocheux urbain, techniques mixtes textiles. Dimensions variables.

© Chantal Tolédano

Crédits photographie : © Tatiana Bailly, © Chantal Tolédano.

.

Durant l’épisode de la Covid 19, alors que les rues sont devenues un désert humain, je développe un intérêt prononcé pour les herbes, celles qui vivent dans les fissures de béton et qu’on appelle chasmophytes [1]. Citadine que je suis, le végétal est souvent absent, ou alors bien rangé dans les parcs publics.Ce qui fascine avec les plantes spontanées, c’est qu’elles se passent de nous, qu’elles poussent envers et contre tout, se frayant un chemin à travers le moindre interstice de goudron. Il y a aussi les racines des arbres qui, elles, déforment, déplacent, surélèvent voire font exploser le sol bitumé. Cette résistance et cette prolifération sont deux choses qui animent ma recherche en général et en particulier au sein de cette présente exposition au Cabinet de curiosité.

Depuis novembre 2023, je partage un atelier avec d’autres artistes à Saint-Priest, en périphérie de Lyon. Il est situé aux Ateliers Briand, occupation temporaire d’une ancienne usine automobile. Les friches industrielles sont souvent le paroxysme de la végétation qui reprend ses droits. Assez vite à mon arrivée j’en fais mon lieu de résidence, presque un terrain de recherche. L’immense espace extérieur attenant au bâtiment est une source d’inspiration sans bornes et en première intention, je l’arpente en long en large et en travers. J’observe chaque parcelle de mousse, je dessine sur le motif, je photographie. Pour ouvrir l’espace à l’herbe, je me place souvent à ras du sol. Cette lente investigation m‘invite tout de même à regarder progressivement les constructions humaines alentour, les toits en shed des usines ou encore le mobilier urbain altéré, renversé, laissé en l’état, après le départ soudain des précédents occupants.

De retour à mon atelier, je dessine d’après mes photographies effectuées sur la friche. Je passe des heures à en restituer tous les détails, à apprécier les interactions et hybridations entre les constructions humaines et le vivant, fragile, éphémère.

Parallèlement, je commence à récolter herbes et branches qui jonchent le sol. Je joue à les associer aux images que je crée, manière de relier ce que je vois, perçois, imagine et touche directement. De la simple analyse, je laisse l’imaginaire et la transformation faire irruption dans le travail. S’ensuit alors de multiples allers et retours entre mon atelier et le site.

Par ailleurs, je m’attèle à une série de frottages et décalquages en extérieur, sur un large drap de coton. Cette fois, je ne veux plus seulement voir avec les yeux, mais avec le toucher. Ressentir les formes et textures. Le tissu couvre les parties du sol que je m’apprête à prélever. Je frotte ces zones, au moyen de crayons et de feuilles d’arbres. Le processus se fait à l’aveugle, pourtant c’est une trace visuelle qui survit à cette expérience. Les mousses, les bouches d’égoût, mes pieds et mes mains se mêlent au dessin. Le final ressemble à une composition, une cartographie quasi abstraite, témoin de mes déambulations spontanées.

Plus tard, les clous, les rondelles, les boulons font leur entrée dans mon champ de vision.Ils forment des tapis à différents endroits du sol. Ils sont rouillés, presque vivants.

 Le temps long a fissuré des gaines électriques hors d’usage. Il s’instaure une conversation poétique entre les vestiges de nature et de culture. Tout naît de l’imprévu, d’intuitions, de l’expérience vécue à l’instant T.

Le textile et plus spécifiquement la broderie sont des médiums qui m’accompagnent depuis un grand nombre d’années. Le textile, le tissu, sont glanés ici et ailleurs et toujours de seconde main. Ils parlent du temps qui passe, de mémoires, de transmission intergénérationnelle. Je réemploie, transforme, recycle, sculpte en cherchant l’équilibre entre la fluidité et la tension, l’organique et la construction.


[1] Terme découvert dans Lichens pour une résistance minimale, Vincent Zonca, éditions Le Pommier.